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Action Coeur de ville : passer des études aux réalisations

La Banque des territoires a organisé le 1er octobre les secondes rencontres Coeur de ville à Arras. L’occasion de réunir les élus et chargés de mission des 222 villes lauréates du plan national Action Coeur de ville, et de faire le point sur les blocages et points à améliorer.

Lancé en décembre 2017, le programme Action Coeur de ville doit maintenant rentrer dans sa phase opérationnelle. Après la signature de l’ensemble des conventions  cadres avec les 222 villes lauréates, la signature des opérations de revitalisation des territoires (ORT), qui concrétisent le périmètre d’intervention et l’engagement des différents acteurs, est en cours. Une soixantaine ont déjà été signées, et 200 devraient l’être d’ici la fin de l’année, a promis Julien Denormandie, le ministre du logement intervenu en clôture d’une journée consacrée à ce dossier.

Du côté de la Banque des territoires, un des principaux financeurs du programme – elle y consacre un milliard- avec Action Logement, Olivier Sichel, le directeur général, a annoncé que 18,5  millions des crédits d’ingénierie, sur 100 millions dédiés, ont déjà été attribués, et 118 millions de prêts Coeur de ville signés, sur l’enveloppe de 700 millions prévue. Un million de crédits d’ingénierie sont consommés chaque mois. « Nous avons également consacré 60 millions d’euros en tant qu’investisseur dans des projets portés dans les villes du programme », a-t-il dit. Des sommes consacrées à l’acquisition d’un bâtiment à  Manosque qui accueillera un cinéma, ou la réalisation d’un quartier d’affaires à Angoulême.

> Rester agile

Cependant, Caroline Cayeux, présidente de Villes de France et maire de Beauvais, a relevé des points de vigilance  :  » Nous surveillons la mise en oeuvre opérationnelle des conventions. Il faut préserver l’agilité et la souplesse voulue par les concepteurs d’Action Coeur de ville, et la place essentielle des maires, a-t-elle mis en garde. Il faut aussi préparer l’acte 2, pour plus valoriser le développement économique, l’innovation, et nous attendons toujours des simplifications normatives en matière d’urbanisme et d’habitat ». Villes de France attend également des mesures de simplification sur les dispositifs  de rénovation thermique de l’habitat.

> Au travail

Les villes se sont mises au travail, elles l’ont montré tout au long de la journée. Sur le volet foncier, environ 80 foncières sont en projet ou créées, pour acquérir des bâtiments, commerces ou logements, en vue de leur transformation ou revente. La Banque des territoires a investi dans huit d’entre elles en 2019, pour 7 millions, comme à La Roche-sur-Yon, ou  à Troyes.

Le maire de Belfort, Damien Meslot, a présenté la sem Semaville, outil de maitrise foncière créé en juillet dernier pour revitaliser le commerce sur le centre-ville, et sur un second axe commerçant en déclin, le linéaire de 2,4  kilomètres de l’avenue Jean  Jaurès. La ville a ainsi préempté la vente des locaux de 1000 m2 de Flunch, en centre-ville, pour les céder ensuite à  Semaville, ce qui permettra une maitrise de la future destination de ces locaux. « Nous avons deux problèmes : des loyers trop élevés pour les commerçants, et des propriétaires qui ne veulent pas louer leurs biens », a résumé Damien Meslot. Semaville va permettre de faire des acquisitions pour revendre ou louer à des loyers maitrisés, et de créer une polarité commerciale forte sur l’avenue Jean Jaurès.

Une politique de rejet de toute nouvelle implantation dans les zones commerciales périphériques est également appliquée, facilitée par le fait que la ville et la communauté d’agglomération sont majoritaires au sein de la commission départementale d’aménagement commercial.

> Politique de resserrement

A Chalons-en-Champagne, Benoist Apparu, le maire, mise sur la « densification commerciale », ce qui signifie un resserrement de la zone commerciale du centre-ville. « Cela signifie qu’il faut assumer un discours par rapport aux commerçants, qui a comme conséquence que leur foncier va perdre en valeur. En contrepartie nous mettons en place des outils pour les aider à  se réinstaller ailleurs ».

Reste la question de la reconversion des pas de porte.  La ville mise sur l’installation de bureaux ou de « services éclatés » : elle va ainsi installer une maison de santé pluridisciplinaire sur plusieurs locaux de rez  de chaussée voisins. Pour les commerces de centre-ville, « ce qui est important c’est de se différencier de ce qu’apporte le commerce électronique et celui de périphérie », juge Benoist Apparu, et de trouver les outils pour soutenir l’installation de ces activités originales.

Autre politique de redynamisation commerciale, celle menée par le maire de Périgueux, Antoine Audi, qui souhaite l’implantation sur un terrain en centre-ville d’un centre commercial, avec une trentaine de commerces, grandes enseignes et commerçants locaux, complémentaires des commerces existants. Le groupe JMP Expansion, promoteur en urbanisme commercial, a été retenu. « Il faut faire attention au montant des loyers, ils ont baissé ces dernières années; il faut aussi éviter au maximum les charges locatives  : dans ce projet la ville reprend la voirie au pied des immeubles; rien n’est fermé donc il n’y a pas de frais de sécurité », résume Jean-Michel Pacaud, président de JMP expansion.

> Offices fonciers solidaires

Malgré cela, il faut batailler pour attirer les enseignes, c’est la course avec les zones commerciales périphériques…Et Antoine Audi  voit une conséquence négative dans le plan Action Coeur de ville : « Depuis le lancement du plan, les grandes enseignes font encore plus les prix qu’avant..mais il a tout de même redonné un élan ».

« Les 18 prochains mois doivent être ceux du volontarisme. Aujourd’hui la plupart des dispositifs sont opérationnels, on va améliorer des points du dispositif « Denormandie dans l’ancien » (qui incite à l’investissement la réhabilitation de locaux anciens en centre-ville)  dans le projet de loi de finances pour 2020″, a conclu Julien Denormandie. Il faut aussi progresser sur la question du foncier, je crois beaucoup à la dissociation du foncier et du bâti, aux offices fonciers solidaires ». Avec l’approche des élections municipales, on peut cependant craindre un certain attentisme, avant l’arrivée des nouvelles équipes…

Source : https://www.lagazettedescommunes.com